L´OSMOSE POUR LES NULS...

Ça y est, j´ai compris !

 

…Et si j´ai compris tout le monde peut comprendre.

Et pourtant il faut bien dire que lorsque j´ai sorti mon bateau de l´eau et j´ai aperçu en contrejour les premières cloques je me suis écroulé: “ l´osmose, je suis foutu…”

Je pensais mettre mon bateau en cale sèche pour la remise en état de la coque (nettoyage, ponçage, antifouling) de rigueur avant la saison. Et tout volait en éclat:  les vacances, les bains en haute mer, les couchers de soleil des Baléares, les paellas avec les copains, les heures de pêche à la traine sans jamais rien prendre qu´un bon coup de soleil…Ma vie passait devant mes yeux, j´étais terminé. Je m´imaginais au bout du ponton, la chaine d´une une ancre de 25 Kg autour du cou, prèt à me jeter à l´eau pour en finir une fois pour toutes et laisser à mes hériters le soin de s´en sortir.

J´entendais ma femme: “Tu finis toujours par te débiner…”

Bon, c´est vrai, j´exagère un peu, mais que voulez-vous? C´est l´osmose

osmose coque fibre

Avouez que ça fait mal au coeur...

coque de fibre atteinte d´osmose

Heureusement mon ami Alvaro Pérez de Cadix est là, et je l´entends: “Que te pasa, amigo?”. Alors je lui explique: les cloques, la coque, la coque à cloques, l´osmose, tout…

Alvaro est tranquille, et sa sentence tombe: “Pero si esto no es nada…

-Comment ça, no es nada? Tu rigoles, regarde les cloques…

– Et alors, les cloques, tu vas pas en mourir, marin d´eau douce ! Et puis d´abord sais-tu ce que c´est, l´osmose?

-Beuuu, ouais, plus ou moins…

-Plutôt moins que plus, j´ai l´impression. Alors écoute bien, je vais t´expliquer, mais sois attentif, OK?

-Merci Alvaro, tu es un frère pour moi.

-C´est ça, mais assieds toi là et ouvre bien les oreilles:

L´osmose est un phénomène provoqué par le vieillissement des fibres de polyester qui consituent ta coque. L´osmose appararait généralement après 10 ou 15 ans. Peu ou pas de chantiers sont épargnés par l´osmose, et cela est due à la qualité des résines employées dans la construction du bateau.

Le gel coat, cape extérieure de notre bateau, perd progressivement son étanchéité et devient perméable. L´eau de mer pénètre dans la coque peu à peu et provoque une dégradation lente mais grave du stratifié, avec libération d´acide acétique par hydrolise en cloques localisées entre les différentes couches de fibre.”

A voir mon expression Alvaro prend pitié de moi:

“- Je te fais un dessin.

-Merci, tu es un frêre…

-Voilà, tu comprends maintenant?

-Ah oui, c´est plus clair” 

Je vous livre le schéma, je pense qu´il est très clair, même s´il est en espagnol:

casco afectado por osmosis

Les plaisanciers connaissent bien l´odeur de vinaigre que dégagent ces bulles une fois crevées, laissant échapper un liquide jaunâtre visqueux.

Lorsque les premières cloques apparaissent, il convient de déterminer la gravité du problème: il faudra pour cela repérer toutes ces bulles, et  mesurer ensuite l´humidité générale de la coque. On utilise généralement une sonde ultrasonique, prenant pour référence une coque neuve ou une partie de la coque que l´on considère exempte d´humidité.

 mesure humidité de coque de fibre

Quoi qu´il en soit la simple apparition des cloques est un signal non équivoque: il est temps d´intervenir.

Alors bien sûr il existe toujours plusieurs manières de s´en sortir même si les pros sont d´accord sur un point: on commence par un rabotage complet et sérieux de notre coque, laissant à nu le stratifié. L´utilisation d´un rabot électrique peut sembler une mesure drastique mais il est important d´arriver jusqu´aux couches mêmes de fibre  afin de laisser la coque absolument à nue.

On peut aussi faire ça au sablage à pression, c´est plus onéreux et pas forcemment plus efficace. On peut même travailler sa coque au chalumeau et à la spatule (mais oui) si on a le temps et envie d´en découdre mais enfin…Bon.

 

rabotage ou sablage...faites votre choix

sablage de la coque

-Ça va? Continue Alvaro, tu me suis?

-Oui, vas-y, continue, je me sens déjà mieux…

-Bon, je termine: la phase suivante sera le séchage. Et quand je dis séchage, je veux dire séchage. Pas question de deux semaines en cale sèche pendant les vacances de printemps. Il faudra compter de trois à six mois selon la región, les conditions météo, si le bateau est protégé ou non, et bien sûr l´état préalable.

-Six mois? Tu plaisantes Alvaro! Et mes vacances d´été, dis, où je vais les passer? Devant mon bateau en train de sécher, assis sur ma glacière? Au Club Med? Chez Belle-Maman?”

À nouveau l´angoisse me terrasse, et je crains le pire. Heureusement Alvaro est un bon copain et il a tout prévu:

“-Meuu non, t´en fais pas. Il tombe pas en miettes ton bateau, ce ne sont que quelques cloques, et c´est plus un avertissement qu´un carton rouge. Pour l´instant on va traiter toutes les cloques possibles, une à une, assainir le stratifié localement, remettre une bonne couche de résine epoxy imperméable, poncer, une couche de primaire pour ta peinture, l´antifouling et ça repart…Mais attention, en septembre je veux voir ton raffiot sur ses béquilles jusqu´au printemps prochain et alors on fera ça bien: décapage au rabot, séchage avec suivi hebdomadaire de l´humidité de ta coque, ensuite deux ou trois couches d´époxy sans solvant (c´est très important), avec ponçage et affinement intermédiaire entre chaque couche, primaire au rouleau, et anti fouling. On est bien d´accord?”

Ému jusqu´au larmes je tombe dans les bras d´Alvaro, mon sauveur.

“-T´as bien compris? insiste-t-il.

-Mais oui…

-Alors répète ce que je viens de te dire…”

nautisme-espagne.com – navegando.es

Remerciements: Alvaro Pérez Vega (Tecnifibras Cádiz), Adrían Prada (Orienta Si, Ingenieurs)