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Le point sur le marché du neuf en Espagne

La demande de voiliers est en hausse mais les immatriculations dans la plaisance stagnent.

La tendance à la hausse pour les voiliers était déjà une réalité en 2015 avec un plus de 2,4 % sur l ´année antérieure (de janvier à janvier).

Les années 2007 à 2014 ont représenté pour la vente de voiliers en Espagne l´équivalent d´une chute libre pour ne pas dire d´une descente aux enfers, avec un recul de près de 70% des ventes. Il semblerait depuis mi 2015 que nous assitions à un timide renouveau de cette catégorie. En effet, 300 unités ont été immatriculées en 2015, soit 2,40% de plus que l´année précédente.

Si l´on examine les dimensions moyennes de ces nouveaux venus à la plaisance, nous découvrons que les meilleurs résultats sont pour les navires de plus de 12 mètres (25% en plus qu´en 2014) soit 75 voiliers de plus de 12 mètres pour 60 l´année précédente.

Par ailleurs le segment des moins de 8 mètres est également en pleine croissance (7,5% de plus que pour 2014, ce n´est pas rien, même si on partait de chiffres très pauvres). Par contre les 8-12 mètres perdent 1,79 % du marché.

 

voiliers espagne

Pour 2016 le premier trimestre présente une augmentation des immatriculations de voiliers neufs de 44 %, donc la tendance se confirme et s´accentue. 

Le secteur des voiliers achetés pour la location croît également et passe de 99 unités en 2014 à 115 en 2015, ce qui constitue une croissance de 16,16%.

Ce même segment presente une augmentation pour le premier trimestre de 2016 de 44% sur 2015. Voilà qui révèle une tendance certaine qu´il faudra prendre en compte dans le futur proche.

Il n´y a certes pas de quoi pavoiser en résultas absolus, en tout cas pas encore, mais c´est un début de remise en route pour les voiliers si l´on considère que l´Espagne a souffert de plein fouet la crise économique 2008-2014.

Mais attention…

Les immatriculations de bateaux de plaisance en général stagnent au premier trimestre 2016. On comptabilise en effet 776 bateaux neufs vendus jusqu´à mars 2016 pour 772 de janvier à mars 2015. Il est vrai que la situation économique est de en situation d´attente et de voir venir (pas de gouvernement depuis décembre 2015, ce qui n´arrange pas les choses…) et les investisseurs étrangers et espagnols y regardent à deux fois avant de faire des achats importants.

Si l´on y regarde de plus près, la classification du premier trimestre par province apporte peu ou pas de surprise:

Le phare comercial du secteur nautique en Espagne est encore et toujours Barcelone (14 % du total et 24,24% de plus que l´année antérieure), suivi des Baléares (10,49%, du total mais -5,81% que la même période en 2015) et d´Alicante (6,35% du marché national et un positif de 16,67% sur 2015).

Barcelona-Port-Olimpic

Comment interpréter ces données? 

Commençons par ce qui est évident: la sortie de la crise, bien que poussive,  a provoqué une montée des ventes en 2015, ce qui est logique et était attendu après la déconfiture des années précédentes.

Néanmoins le secteur nautique en Espagne semble voué à un éternel sousdimensionement et est encore loin d´être à la hauteur de son littoral et de ses installations, sans parler de sa grande tradition marine qui semble être “endormie”…Il faut sans doute s´attendre à une nouvelle stagnation pour 2016.

La faute à qui?

Le débat est ouvert: Pourquoi le secteur nautique espagnol n´est-il pas à la hauteur des autres grands pays européens?

La première, et sans doute la plus importante des raisons est la pauvre, pour ne pas dire nulle, collaboration des pouvoirs publics. Des permis pour tout, ou presque, des embûches administratives à tous les niveaux, et peu de reconnaissance sociale du secteur, perçu comme un nid de privilégiés.

Les plaisanciers ont bon dos dès qu´il faut augmenter les impôts et comme il y a peu de plaisanciers leur voix ne s´écoute guère.

Il suffit de constater la grande quantité de pavillons belges et hollandais dans les marinas pour comprendre… Fort heureusement il semblerait (conditionnel) que l´Administration pense alléger la pression peu à peu (le radeau de sauvetage n´est plus obligatoire dans les eaux territoriales, et on va vers une simplification des permis qui paraissaient préparer les plaisanciers plus pour manoeuvrer des pétroliers de 200 mètres dans l´Atlantique Nord que des voiliers de 9 mètres sur les côtes Baléares, pour donner deux exemples).

pavillon-belge

Une autre raison pourrait être que les ports et marinas ont tardé quelque peu à se mettre à la page et n´ont pas réagi avec la célérité nécessaire aux défis d´autres pays et zones de navigation (Croatie, Tunisie, Caraïbes, etc.).

Certaines zones (Baléares, Costa Brava, etc.) sont encore trop orientés vers le plaisancier “de luxe”, et pratiquent des prix dissuasifs, alors que le futur de la plaisance n´est plus depuis longtemps dans l´option “luxe” mais bien dans l´option “services” (ce qui est loin d´être la même chose) où chacun peut par ailleurs se positionner sur des bases plus durables. Le vrai luxe n´est pas de payer cher mais d´avoir sous la main des installations et des services de qualité et complets à prix compétitifs.

Le boom des années 2000 à 2010 (l´América´s Cup à Valencia par deux fois sous le feu des médias ) a permis de créer des infrastructures portuaires de qualité sur l´ensemble du litoral, mais n´a pas été suivi de la nécessaire mise en valeur de ces infrastructures en Espagne, et tout a été misé sur la promotion extérieure, et il est parfois navrant de visiter des ports presque vides (venez vite les français en profiter…).

Des quais vides dans certains ports...

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Alors le futur?

Et bien nous verrons bien, mais il est clair que ces chiffres prévoient une saison de remise à flot pour le secteur nautique espagnol, mais sûrement pas de récupération totale.

Ce n´est peut- être pas grave si l´on considère que l´Espagne dispose d´un atout majeur: son littoral attrayant, unique par sa diversité, ses ports de grande qualité, dans un entourage de stabilité et sécurité, sans oublier la tradition d´hospitalité et le climat qui permet une navigation de plaisance (et donc de plaisir) toute l´année (même si parfois ça secoue un peu sur la Mer Cantabrique).

Quoi qu´il en soit du secteur nautique espagnol, ce français espagnolisé qui écrit ne cessera sûrement pas pour autant de patrouiller les eaux turquoises du littoral espagnol, où il espère voir un jour plus de compatriotes, encore trop peu nombreux.

Remerciements: ANEN (Asociación Nacional de Empresas Náuticas) pour les données statistiques.