Transformation d´un régatier en croiseur tranquille

Pourquoi acheter un bateau de course si l´on n´aime pas les régates? Pourquoi ais-je préféré un voilier suréquipé et hyper sensible si je suis un trainard tranquille? Pourquoi, oui, pourquoi ais-je choisi de devenir l´heureux propiétaire d´un bateau certes habitable mais pas commode en cockpit, et qui profite des souffles les plus faibles  pour mettre le bastingage dans l´eau, alors que je suis le marin le plus peinard des océans?

Et bien très franchement je n´en sais rien…Et le fait est que jamais je n´ai senti le plus léger soupçon de regret d´avoir acquis CE voilier. Et j´en ai fait des milles depuis ce Salon Nautique de 2004 à Barcelone où je l´ai réservé pour le recevoir ému en Juin 2005 tout enveloppé de son plastique blanc, livré par une cigogne (ou était-ce un camion remorque?…) !

Je n´ai d´ailleurs jamais eu de programme de navigation proprement dit. Je voulais ce voilier-là et c´est tout. Ça vous semblera peut-être un peu absurde mais au fond l´important est bien d´être heureux, n´est-ce pas?

Néanmoins plus de dix ans plus tard je perçois quelquefois un certain ton de reproche parmi mes équipiers les plus fidèles lorsqu´il s´agit de se relaxer au mouillage, lorsqu´il faut enjamber , éviter, grimper, escaldader, pour remonter du bain de mer par le tableau arrière ou chercher un coin pour lire dans le cockpit.

En deux mots mon bateau nest pas commode. Voilà, c´est dit.

Alors l´été dernier, au mouillage à Ibza, devant le regard pensif que jetait ma famille sur nos voisins qui se jetaient à l´eau et remontaient sans cesse et sans effort, j´ai décidé de ne pas changer de bateau mais bien de MODIFIER mon voilier.

Et voici pourquoi quelques mois plus tard je suis sur mon quai à 09,30 h , accompagné de Vicente, maître d´oeuvre, Jorge et son apprenti, techniciens navals. 

Ça commence bien sûr par une petite réunion où on se raconte les derniers potins mondains du port, on est méditerranéens ou on ne l´est pas…

Un tableau arrière pas vraiment orienté à la plaisance

first-36.7

Il faut tout d´abord définir clairement notre objectif:

Ouvrir un accés de poupe vers le cokpit, accés commode et facile, afin de rendre plus agréable à vivre mon voilier. 

On est bien d´accord, alors les tâches seront:

1- Retirer le radeau de survie obligatoire, qui sera fixé sur le roof juste devant la descente. 

2- Démonter et déplacer le charriot d´écoute de grand-voile situé a mi hauteur juste devant la grande roue (que je ne pense pas toucher, bien sûr). Il faudra pour cela le réduire considérablement. Je perçois que Vicente, grand régatier et qui possède le même bateau que moi (distributeur de Bénéteau sur la zone), est un peu réticent. Il connait mon bateau et m´aide à le bichonner et souffre de voir ses possibilités de réglages diminuées, mais j´assume ma responsabilité et pour moi c´est très clair: il faudra couper !

3- Eliminer la pièce de fibre qui ferme le tableau de poupe et sur laquelle un petit taquet coinceur permet le réglage fin du backstay (on finira par monter un montecarlo directement sur le backstay). Cette pièce est entourée en rouge sur la photo ci-dessous.

4- Fabriquer et monter une plateforme de bois de teka sur la plage arrière ainsi dégagée, changer l´echelle, et le tour sera joué.

Première phase

Pièce à démonter

Pièce à démonter

Jorge et son “aide de camp” très volontaire s´attaquent aux vis à métaux qui maintiennent la pièce-escalier gênante. Trois de chaque côté sont à démonter, et il faut bien sûr maintenir l´écrou de l´autre côté de la fibre, mais… du côté babord les écrous sont inaccesibles, et quand je dis inaccessibles je veux dire INACCESSIBLES. 

J´ai fait moi-même un lamentable et honteux essai de démontage il y a quelques jours et je suis resté coincé un bon moment dans le coffre arrière. Heureusement il faisait si chaud que la sueur a servi de luibrifiant et j´ai pu m´extraire avec un “pop” de bouchon de bouteille, c´est vous dire.

On essaye par dedans, par dessus, par dessous, on pense démonter le coffre de la bombone de gaz, on se ravise ( le remontage serait très ardu) et finalement Jorge passe une clé plate par une prise d´air proche et le tour est joué. Côté tribord c´est plus facile.

Les trois vis coupables...

les vis coupables

Une fois libérée, la pièce devrait pouvoir être retirée, mais évidemment il n´en sera rien, et nous devrons avoir recours aux dégrippants et méthodes moins subtiles pour le démontage final.

Et finalement...

premier résultat

La phase suivante est moins brutale et requiert toute notre attention: N´oublions pas notre objectif; ne plus avoir à lever les genoux jusque sous le menton  pour accéder aux sièges du cokpit .

Une seule solution possible: démonter le charior d´écoute de la GV et le réduire de moitié aproximativement, de manière à le glisser au sol , où nous le fixeront, entre la grand roue et les sièges. Voyez sur la photo (en rouge) la pièce à modifier.

Charriot de grand voile à modifier

Charriot de GV à modifier

Le processus n´est pas compliqué mais ne permet pas d´erreur; les mesures sont prises plutôt deux fois qu´une, le système de poulies et de renvois sera modifié, on fixera des taquets sur la console de la barre à roue pour renvoyer les écoutes du charriot.

Évidemment nous allons perdre des possibilités de réglage de la grand voile, c´est vrai, mais rien qui ne soit insurmontable, et le gain en qualité de vie est supérieur à la perte.

Une fois le démontage assuré, à peine un quart d´heure, Jorge coupe à la disqueuse le rail. Il paufine avec soin le découpage à la lime et peint le tranchant.

Il va poser 5 planchettes de PVC sous le rail réduit, qui le surélèveront un peu plus d´un centimètre du sol afin de permettre l´évacaution de l´eau. Huit longues vis à métaux inox fixe le rail, il ne bougera pas, c´est sûr.

Une heure plus tard le travail est terminé, et il ne reste plus qu´à fixer le radeau de survie sur le roof pour décréter que l´heure de l´apéritif a sonné…

Fin de la première partie.

Fin de la première phase

Deuxième phase

Il nous reste maintenant la phase la plus intéressante, et nous voulons parfaire le travail acompli jusqu´à présent. L´esthétique d´un voilier est importante. à mon sens, et je voudrais couvrir la plage arrière crée d´une plateforme de bois. Pour cela je fais appel à Miguel Angel Pizarro, l´un des meilleurs menuisier nautiques espagnols, si ce n´est le meilleur. 

Michel (prononcez Mittchel, c´est ainsi qu´on l´appelle), vient me voir sur le quai, et en quelques minutes ce fin artiste du bois comprend ce que je prétend: gagner de la commodité, mais aussi ne rien perdre des lignes du voilier. 

Enfin, tranquille, je repars à Madrid où me réclame le devoir.

Et puis…Plus rien pendant quinze jours. Je conais Michel et je sais que ce n´est pas un gros parleur. Il préfère s´exprimer par son travail.

Finalement je reçois par watsapp une série de photographies ilustrant le processus de fabrication qu´a suivi l´artisan. Je vous les livre :

Photos 1 et 2: Prises de mesures, modèle en carton.

Photos 3 à 5: Fabrication artisanale du support.

Photo 6: Pose du teka et calfatage.

Photo 7 Plateforme terminée, avant l´installation.

Photo 8: Plateforme installée.

Photo 9: Miguel Angel Pizarro , artisan menuisier nautique.

Travail terminé

Travail terminé

Le travail est terminé. Notre First 36.7 n´a certes pas perdu de sa légèreté ni de sa capacité régatière, mais il nous reste à essayer au mouillage les innovations apportées. La croisière de printemps s´approche, mais cela c´est une autre histoire…